Lavoir à charbon de Binche Péronnes. Historique d’une Cathédrale de béton

Publié: 20 mars 2013 dans Urbanisme - rénovation - patrimoine
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Alors que l’incroyable saga politico-financière de sa réhabilitation se poursuit  – avec une reprise des travaux prévue au printemps –  il est intéressant de rappeler l’histoire de ce bâtiment pas comme les autres.   

C’est la société anonyme des charbonnages de Ressaix, fondée en 1886 et dirigée par le Baron Evence Copée, qui est à l’origine de l’édifice marquant l’entrée de Binche. La cathédrale de béton et de verre, comme certains la surnomment en raison de son caractère majestueux, est un triage-lavoir à charbon élaboré pour améliorer rendement et rentabilité de 3 sièges d’extraction. Financé en grande partie par les fonds du plan Marshall de reconstruction d’après-guerre et par la société nationale de crédit à l’industrie, il est construit en un temps record pour l’époque, une vingtaine de mois à peine.

Photo: IPW

Photo: IPW

Une construction solide mais peu orthodoxe !

Tout juste sorti de l’université, le jeune ingénieur brugeois Karel Broes, est chargé du suivi de cet important chantier, pour le compte du bureau SECO. « De 1952 à 1954, j’étais chargé de la supervision de la construction. Je devais vérifier d’abord la concordance entre les plans techniques d’Evence Copée et les plans des bureaux d’études et puis contrôler l’exécution de ces plans sur le chantier. Les travaux devaient aller très, très vite. Le béton n’était pas toujours exécuté avec les soins voulus. D’autant plus qu’à cette époque, les bétons étaient encore faits sur place. Ils n’étaient pas amenés par des camions à bennes tournantes, sortants d’usines où la fabrication était contrôlée en permanence. Sur le chantier du lavoir, les bétonneuses étaient remplies à la brouette et l’eau était ajoutée, … au pif ! Cela explique pourquoi le bâtiment comporte des qualités de bétons différentes ».      

Doc: SA Triage-Lavoir du Centre

Doc: SA Triage-Lavoir du Centre

Malgré donc une construction peu orthodoxe, le lavoir labyrinthique est incontestablement une réussite tant architecturale qu’industrielle. De forme rectangulaire et d’une hauteur d’environ 30 mètres, il est composé de divers bâtiments juxtaposés, organisés en travées par les nombreux piliers. L’édifice colossal repose sur une importante fondation composée de 450 pieux enfoncés jusqu’à 8 mètres dans le sol argileux. Relié au chemin de fer via la gare de Leval, il est agrémenté d’un réseau couvert de bandes transporteuses garantissant l’acheminement et le traitement rapide de la production. Un travail confié à des mineurs aguerris et efficaces, comme nous l’a confirmé Léopold de Dorlodot, ancien et dernier directeur du lavoir, aujourd’hui décédé. « C’étaient des gens de qualité qui faisaient leur travail très consciencieusement. Le lavoir était très automatisé. C’était un outil performant pour l’époque et je n’y ai jamais connu de problèmes de fabrication ». Au niveau technique, le bâtiment est conçu pour offrir une fonctionnalité optimale. Sur les 25 niveaux, l’organisation spatiale y est totalement tributaire des contraintes imposées par la machinerie.

Les données et les souvenirs des protagonistes ne sont pas très précis en ce qui concerne le nombre de personnes réellement actives au sein du lavoir. En raison d’une automatisation très poussée, nos interlocuteurs s’accordent à dire qu’une cinquantaine d’ouvriers suffisent à faire tourner l’outil. Une infrastructure moderne qui requiert toutefois une attention soutenue.

Léopold de Dorlodot . « Comme ingénieur civil, c’est toujours la même chose, nous sommes responsables des accidents, de tout ce qui pourrait arriver. Donc, chaque jour, il fallait que j’aille tout vérifier, que je fasse le tour de l’ensemble pour examiner tout. Il fallait éviter les accidents comme celui qui m’a fait perdre un morceau de mon index droit (rires) ».   

Doc: SA Triage-Lavoir du Centre

Doc: SA Triage-Lavoir du Centre

 15 ans de fonctionnement seulement

Inauguré en 1954, le lavoir de Péronnes subit assez rapidement la crise du charbon. Malgré de nombreux efforts, des fusions de sociétés et la fermeture de certains sièges, la situation devient critique. La société des charbonnages du Centre ferme le lavoir en 1969, après seulement quinze années de fonctionnement. Le climat est alors à la morosité même si l’effet de surprise ne joue pas vraiment.

Jean-Claude Bougard, Président NATECOM asbl . « Oui, c’était programmé depuis déjà 10 ans à ce moment-là. Ces fermetures étaient prévues. Elles étaient dommageables bien sûr pour les habitants et les ouvriers qui travaillaient  dans les mines. En ce qui concerne le lavoir, on ne connaît pas exactement le nombre de personnes qui y travaillaient. La fermeture n’a pas eu tellement d’impact au niveau social ».

L’impact de la fermeture n’est en effet pas numériquement catastrophique si l’on tient compte uniquement des travailleurs du lavoir. Cela dit ouvriers, cadres ou directeurs, tous sont alors logés à la même enseigne, celle du licenciement. Léopold de Dorlodot . « On nous a flanqués dehors. Je ne suis plus retourné au lavoir. J’ai cherché autre chose ».  

Doc: SA Triage-Lavoir du Centre

Doc: SA Triage-Lavoir du Centre

En pleine force de l’âge en 1969, Léopold change complètement d’orientation professionnelle, d’abord comme contrôleur d’entreprises chez AIB à Bruxelles, puis comme patron à Anderlues après le rachat d’une société de pose de câbles et de canalisations. Le lavoir sort complètement de son esprit, avant d’y revenir bien des années plus tard, à l’occasion des travaux de réhabilitation effectués, pour les peintures extérieures, par la société Monnaie-Bays, dirigée par son fils, Damien de Dorlodot. La belle histoire familiale, hélas, ne va pas plus loin. Léopold de Dorlodot  décède le 5 février 2009, à l’âge de 87 ans. Plus jamais, il ne verra « son » lavoir trôner à nouveau fièrement à l’entrée de Binche.    

                                                                                                            Michel Bellefontaine

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