BSCA, le « Friendly Airport » d’un « Friendly Boss ! »

Publié: 3 mars 2014 dans Business club Centre Capital
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Jean-Jacques Cloquet, administrateur délégué de Brussels South Charleroi Airport est l’invité de Centre Capital. Âgé de 54 ans, il est l’un des tops managers du pays. Son parcours est pourtant bien loin d’être un long fleuve tranquille. Né à La Louvière, il fut footballeur semi-professionnel et retient de cette expérience l’importance du « team spirit » qu’il continue à mettre en œuvre au quotidien. Ingénieur civil diplômé de la Polytech Mons, il effectue une bonne partie de sa carrière dans le secteur chimique, chez Solvay. Il est ensuite dirigeant du sporting de Charleroi, directeur technique de la Carolorégienne (période chahutée par les affaires), puis entre à l’aéroport, en 2007, comme indépendant en charge du développement des « revenus non-aviation ». Directeur des ressources humaines, puis directeur général faisant fonction, il est officiellement nommé en 2010 administrateur délégué de l’aéroport carolo.

Les grandes dates du développement fulgurant de BSCA

Mai 1997: Ryanair inaugure la ligne Charleroi-Dublin. Le succès est au rendez-vous avec 200.000 sur l’année.

Avril 2001: Charleroi devient la première base continentale de Ryanair. 800.000 passagers. Le modèle du low cost s’installe.

2004. Wizz Air lance des lignes vers la Hongrie.  Le cap des 2 millions de passagers est passé.

2006. Arrivé e de la commagnie Jet4you

2007. Arrivée de Private Wings

Janvier 2008. inauguration par le prince Philippe du nouveau terminal, d’une capacité de 3 millions de passagers/an.

2009. Arrivée de Jetairfly et d’Air Arabia Maroc. Nouveau record de passagers (3 millions)

De 2010 à nos jours. Annonce et/ou accueil de nouvelles compagnies; Pegasus Airlines et Thomas Cook. BSCA se classe 3ème , puis 4ème meilleur aéroport low cost au monde, selon une étude menée auprès de 12 millions de passagers fréquentant 395 aéroports. BSCA a accueilli 6.786.979 voyageurs en 2013 ! 135 destinations sont au tableau des départs en 2014.

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Michel Bellefontaine. Jean-Jacques Cloquet, vous nous rejoignez après un conseil d’entreprise assez long. La situation de BSCA est-elle inquiétante après l’annonce de Ryanair d’opérer certains vols au départ de Zaventem d’ici quelques jours ?

Jean-Jacques Cloquet. Cette année s’annonce très difficile puisqu’environ 100.000 passagers devraient quitter l’aéroport suite à la décision de Ryanair. Face à cela, il nous faut réagir et nous avons été amenés à prendre des décisions en termes d’emplois. Dans une telle situation, nous devons réagir et nous motiver à être meilleur. Je pratique le seul type de management qui me semble efficace et adapté, le management en équipe. Je ne suis qu’une partie des 3.000 personnes qui travaillent à l’aéroport et des 600 qui sont sous ma responsabilité au sein de la société BSCA. Je les connais tous. C’est eux qui ont fait, qui font et qui feront le succès de l’aéroport qui est l’un des rares où on fait toutes les opérations. Cette façon de travailler nous permet d’être efficaces et d’offrir de bonnes conditions aux compagnies.

MBe. Etre classé parmi les meilleurs aéroports low cost au monde (3ème en 2012 et 4ème en 2013), je suppose que c’est une grande fierté pour le groupe, d’autant plus que l’étude est sérieuse et qu’elle est menée sur 395 aéroports.

JJC. Oui, c’est bien sûr très motivant de savoir que les voyageurs apprécient nos infrastructures et services. Ce n’est pas un hasard et c’est une récompense pour notre personnel, dont 85% habitent dans un rayon de 45 km. Notre aéroport est avant tout convivial (Friendly Airport), à l’image des gens de la région du Centre. Je ne renie pas mes origines, que du contraire. Ici, comme à l’aéroport, les gens sont toujours prêts à aider, à se mettre autour d’une table pour trouver des solutions quand il y a un problème. C’est une démarche qui plaît dans notre business. Nous venons encore de l’éprouver avec Pegasus, notre nouvelle compagnie.

MBe. Le succès de BSCA est fulgurant (cfr les chiffres de fréquentation). La croissance ne s’est encore jamais démentie. Comment expliquez-vous cette réussite au départ d’une ville qui n’est pas la plus réputée au monde, ni en Europe ?

JJC. Depuis 2008, on a enregistré une croissance de 117 % et, à mes yeux, il y a deux facteurs qui expliquent nos bons chiffres. Le premier, c’est évidemment le succès du low cost, qui n’était nullement garanti quand nous avons commencé. Il est désormais tout à fait entré dans les habitudes de ne pas avoir besoin de services de luxe pour des destinations de courtes distances (2-3 heures de vol). La sécurité et la ponctualité des vols sont les clés de ce modèle économique dont nous avons bénéficié. La deuxième raison de notre succès est liée à notre travail, en équipes spécifiques, sur les destinations potentielles de l’aéroport. 50% de nos passagers sont ce que l’on appelle en anglais des VFR, c’est-à-dire des voyageurs en visites familiales. Après le sud de la France, nous avons desservi des villes en Italie, en Espagne, en Turquie ou encore au Maghreb. Les ressortissants de ces communautés, nombreux chez nous, ne se rendaient dans leur famille que tous les 2 ans. Grâce au low cost, ils y vont maintenant 3 fois par an, et la famille vient aussi plusieurs fois en Belgique. Cela a construit notre notoriété car il est clair qu’a priori Charleroi n’est pas la destination la plus sexy où l’on viendrait en vacances. 

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MBe. Les vols de tourisme et les vols familiaux remplissent donc les avions. Quelle est la part des voyages d’affaires dans votre business ?

JJC. Elle est en croissance, elle aussi. En 3 ans, on est passé de 5% à 15 ou 20% de passagers business. Ce sont bien sûr nos fréquences sur les grandes villes comme Milan, Madrid ou Barcelone qui focalisent cette clientèle. Et puis, il y a aussi la partie « aviation d’affaires » qui existe sur le site, dans l’ancienne aérogare. On peut y louer des avions privés. C’est un business qui se développe car il se démocratise aussi.

MBe. Avec Pegasus Airlines, qui va opérer au départ de BSCA dès le 30 mars, vous misez beaucoup sur la Turquie. C’est un pays émergent pour votre activité, et plus particulièrement Istanbul ?

JJC. Il y a dans l’aviation un changement radical qui se profile. Les centres de gravité sont en train de changer. On constate que deux grands hubs mondiaux se créent. C’est Istanbul et Dubaï. Ce sont des aéroports qui vont avoir une capacité de 150 millions de passagers/an. Géographiquement, ce sont des endroits stratégiques vers l’Afrique et vers l’Asie. A ce sujet, nous avons mené une réflexion afin de nous positionner sur ces destinations. A Charleroi, nous ne sommes pas un aéroport de transit mais nous pouvons vendre des aéroports de transit. C’est un peu le sens de la démarche entreprise avec Pegasus. Derrière leurs vols vers Istanbul, nous pouvons valoriser 17 autres destinations, vers des villes turques, des cités européennes, Dubaï ou encore Doha, par exemple. Nous discutons aussi avec d’autres compagnies, asiatiques et nord-européennes. De nouvelles possibilités s’ouvrent et elles sont importantes pour notre développement.

MBe. L’activité de BSCA dépend toujours beaucoup de Ryanair, même si son influence a un peu baissé ces derniers temps. Comment avez-vous accueilli la décision de la compagnie de proposer également des vols désormais au départ de Zaventem ?

JJC. La décision de Ryanair ne nous a pas surpris. Ce qui nous a étonnés, c’est la vitesse, le timing. Ils sont à Madrid, à Barcelone et ils ont toujours dit qu’ils allaient s’installer dans les grandes villes européennes. Ils sont les plus grands du secteur, viennent de commander 100 avions supplémentaires et 75 pour remplacer les anciens, et ils ont l’ambition d’accroître leur part de marché. C’est le business, c’est la compétition ! Ils sont leaders et veulent le rester. De notre côté, nous évoluons aussi. On innove et vous découvrirez dans 2 mois de nouveaux produits, dont ce que j’appelle le « all in one ». Il s’agit d’un package pour les groupes qui souhaitent voyager. On s’occupera de tout pour eux, on ira les chercher et on traitera leur demande avec les compagnies aériennes. Ce sera vraiment un plus car, pour l’instant, partir en groupe en low cost, c’est très difficile.

MBe. Sur un plan humain, quelles sont vos relations avec Michael O’Leary, le patron de Ryanair que l’on connaît surtout par ses conférences de presse de grand show ?

JJC. J’ai eu l’occasion de passer l’une ou l’autre soirée chez lui et je peux vous dire qu’il est très différent en privé. Mais dès qu’il a une caméra braquée sur lui, c’est le stratège de communication et de marketing qui prend le dessus. Il excelle dans ce rôle car il fait parler de lui et de sa compagnie, dans tous les médias, et gratuitement ! C’est de la Com de haut vol ! Un soir, après un 3ème whisky, il m’a expliqué son histoire. Il était comptable chez monsieur Ryan, un irlandais qui possédait 2 avions. En 1995, il va le voir et lui dit : «  est-ce que ça vous intéresse que je rentabilise vos avions ? » Michael O’Leary s’inspire d’une compagnie low cost américaine. Il est audacieux et on connaît la suite; naissance de Ryanair qui passe de 2 à 300 avions ! Pour en revenir à nos relations de business, nous avons signé un contrat de 10 ans avec Ryanair qui garantit que 11 avions minimum doivent rester à Charleroi et que la compagnie continue de travailler avec le personnel de BCSA. Par ailleurs, nous venons de signer un contrat de 5 ans avec Wizz Air. Nous continuons donc à de nous diversifier dans le cadre d’une concurrence qui est saine.

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MBe. L’actionnariat de BSCA n’est pas des plus simples car il est mixte public-privé. Votre partenaire italien, le groupe Save, vient de remettre en question l’investissement pour l’agrandissement du terminal. Où en êtes-vous à ce sujet ?

JJC. Nous avons en effet un actionnariat assez unique composé de 72% de secteur public (avec les 4 partis politiques traditionnels) et du privé. Cela signifie une réunion par mois et pas mal de diplomatie pour concilier les points de vue entre le public attentif au développement de l’emploi et le privé qui est lui plus soucieux des dividendes. En début d’année, nous avons vécu une courte période de crispation avec nos actionnaires italiens qui voulaient une vision claire (suite à l’annonce de Ryanair d’organiser certains vols au départ de Zaventem), avant de s’engager dans les travaux du terminal. Nous avons discuté et le conseil d’administration a voté pour le développement du terminal qui est fondamental. Notre terminal actuel a une capacité de 3 millions de passagers/an et nous en sommes déjà au double ! Concrètement, les travaux débuteront fin 2014, début 2015, et ils dureront 3 ans. Il s’agira d’une transformation complète du terminal, qui devra rester en fonctionnement. C’est un gros challenge. Nous aurons ensuite une capacité de 9 millions de passagers/an, pouvant monter à 14 millions. Selon nos perspectives, on devrait atteindre le cap des 10 millions de passagers/an, dans la période 2025-2030.

MBe. Dernière chose, et c’est malheureusement un point noir dans le développement de BSCA, la liaison ferrée n’est pas pour tout de suite ?  

JJC. C’est un sujet qui risque de me mettre vraiment de mauvaise humeur ! Vous savez qu’il y a eu des priorités pour d’autres gares dans le pays, … De nos jours, il est inconcevable pour un aéroport de ne pas être accessible par le train. Quand je discute avec des compagnies, cette question revient toujours sur le tapis. On essaie de palier cette lacune en déployant nos navettes, toutes les 25 minutes vers Bruxelles. Les responsables évoquent l’horizon 2027 pour la gare de l’aéroport. C’est fort tard et c’est une erreur. Avec les élections qui approchent, nous transmettrons aux partis politiques notre mémorandum qui contiendra 3 demandes :

  • un élargissement des créneaux horaires; 6h00 à 24h00 (au lieu de 6h30 à 23h)
  • un allongement de la piste permettant d’accueillir de plus gros avions
  • la concrétisation de la gare le plus tôt possible.

                                                            Michel BELLEFONTAINE (Photos : Michel AVAERT)

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