Eric Parmentier, artisan coutelier. Atypique, innovant et réputé

Publié: 2 avril 2014 dans Success en Hainaut
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Parmentier 3Très discret dans l’univers médiatique belge, Eric Parmentier est une personnalité qui mérite d’être découverte. Dûment secondé par son épouse, Véronique, qui gère les relations clientèles, il est le seul artisan spécialiste du couteau pliant de notre pays. Dans son garage-atelier d’Enghien, il conçoit et réalise chacun des éléments qui, une fois assemblés, formeront un ustensile à la fois élégant et fonctionnel. Intarissable sur son métier de passion, Eric est une sommité dans son domaine. Il nous explique son parcours et sa manière innovante de travailler dans un secteur pourtant traditionnel.

 

Eric et Véronique, dans leur atelier à Enghien (photo: MBe.)

Eric et Véronique, dans leur atelier à Enghien (photo: MBe.)

 

Eric Parmentier effectue des études d’ébénisterie, de charpenterie et d’isolation acoustique avant de poursuivre sa formation par 2 années pour pouvoir enseigner et autant pour maîtriser la gestion d’entreprise. Il y a 27 ans, il se lance ensuite comme menuisier ébéniste indépendant. Bien vite, il déchante car les contraintes lui semblent de plus en plus pesantes et les méthodes et matériaux de plus en plus industriels. Son métier n’est plus assez artisanal à son goût. « Pour retrouver ce besoin essentiel pour moi de créer et d’être au contact avec diverses matières, je me suis mis à fabriquer des petits couteaux. Quand j’étais scout, j’aimais les couteaux qui permettaient de jouer à l’aventurier dans les bois ou encore aux cowboys et aux indiens.

Pour mes premières fabrications, je récupérais du bois et des scies à ruban usées dans les scieries. » La famille et les amis l’encouragent à persévérer dans cette voie et le véritable démarrage s’opère quelques temps plus tard au Salon International du Couteau d’Art et de Collection, à Paris (SICAC). « J’y fais mes premiers pas comme simple amateur venant présenter mes couteaux que j’avais appelés des Recyclames, car je n’utilisais alors que des matériaux de récupération. Le côté récupération, recyclage, écologie était très en vogue. Grâce à ma position stratégique dans cette importante foire (près du bar et des toilettes !), je parviens à attirer le regard sur mes produits et c’est le déclic. Après avoir présenté mes pièces aux organisateurs, je suis placé dans la grande salle avec tous les autres professionnels. J’y suis depuis environ 14 ans »

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« La Passion des couteaux »

Un autre élément va accélérer la notoriété de l’artisan belge outre Quiévrain. A cette époque, le magazine « La Passion des couteaux » vient d’être repris et le nouveau rédacteur en chef cherche de nouveaux talents pour relancer l’édition. Eric se trouve au bon endroit, au bon moment. La maîtrise de son art fait le reste ; en 2 ans il intègre le top 10 de la coutellerie française.

Eric Parmentier est alors mentionné comme coutelier d’art, une appellation qui le flatte et le désole à la fois. « C’est vrai que mes couteaux étaient repris comme couteaux d’art, ce qui est valorisant, mais mon objectif à moi a toujours été de faire du fonctionnel. Faire du beau ET du pratique, c’est ça mon état d’esprit. J’ai donc commencé à chercher, puis à concevoir des mécanismes, j’ai déposé quelques brevets, j’ai inventé, j’ai amélioré, et peu à peu je suis sorti du lot. Quand je suis devenu pro à part entière, j’étais catalogué comme un électron libre puisque je ne venais d’aucune école spécialisée et que je travaillais avec mes propres méthodes. »

En bonne partie autodidacte, Eric doit beaucoup aussi à une rencontre avec celui qui deviendra son père spirituel, le coutelier français Alain Descy, décédé en 2011. « Dans le milieu, on était connu comme Tic et Tac puisqu’on faisait nous-mêmes nos mécanismes. Je dois énormément à Alain. Il m’a beaucoup appris et, malgré les 1.000 km de distance entre nous, nous avions vraiment le même esprit. »

Eric Parmentier fabrique ses couteaux de A à Z. De l’acier qu’il choisit méticuleusement parmi diverses qualités, à la moindre piécette de mécanisme, en passant bien sûr par les bois, tout est garanti Maison. Il lui faut 2 bonnes journées pour assembler l’un des 100 modèles de son catalogue, une gamme complétée chaque année de plus ou moins 5 nouveaux modèles.

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Connu dans un secteur … pointu !

Notre artisan coutelier n’a pas de site Internet, de peur d’être débordé de commandes et de perdre son âme créative. Pour des pièces dont le prix débute à environ 150 € et qui peut aller bien au-delà en fonction des désirs, la clientèle est très variée. « J’ai vraiment toutes sortes de clients et ce qui les unit, c’est simplement le désir de se faire plaisir en acquérant un bel objet utile. J’ai des clients qui sont des collectionneurs purs, d’autres qui sont des collectionneurs-utilisateurs, je fournis des services d’intervention, des groupes qui pratiquent l’escalade, un patron qui veut honorer un membre de son personnel qui part à la retraite, etc … J’occupe un marché de niche mais avec les forums Internet qui montrent et parlent de mes couteaux (exemple : http://www.pbase.com/lautla/neoczen_parmentier), je peux vendre partout dans le monde. Mon dernier couteau confectionné ici est parti au Bahreïn. »    

Comme un poinçon dans l’eau

Eric Parmentier, qui s’est auto formé à l’utilisation d’un logiciel de dessin de ces mécanismes, est en permanence à la recherche de l’innovation, que ce soit dans les matériaux utilisés, dans leur traitement ou dans les mécanismes. « Je n’ai pas de limite dans ma créativité et dans l’innovation. J’utilise les techniques du moment pour surprendre et séduire. » Sollicité de partout dans le monde, le hainuyer ne tient pas à disperser ses forces et on perçoit parfaitement que c’est dans son garage, parmi ses machines, qu’il se sent le mieux. Il participe néanmoins, avec Véronique, à 3 salons par an, à Gembloux, Thiers et Paris. Dans la capitale française, au rendez-vous international du SICAC (pour lequel il bénéficie de l’Aide provinciale à la Prospection des Marchés extérieurs), il est le seul belge parmi 130 couteliers du monde entier. Son poinçon en forme de poisson et qui fait référence au blason familial traçant l’origine du nom (un marin pêcheur, forgeron d’armes sur l’île de Noirmoutier) y est recherché car il symbolise la qualité et l’originalité façonnés par la passion.

                                                                                                                        Michel BELLEFONTAINE

Une version plus courte de cet article a été publié dans le magazine économique « B2Hainaut » d’avril 2014.

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commentaires
  1. Ludo dit :

    Eric est plus que réputé, il ne vous l’a pas dit, mais dans les salons, il fait partie des 2 ou 3 couteliers dont la table est quasi vide en une heure et complétement vide en deux. Une vraie star du monde coutelier, en Belgique comme en France, mais qui prendra une demi-heure pour vous expliquer le nouveau mécanisme qu’il a en tête s’il vous sent intéressé par son travail.

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