Group S, la compétitivité des entreprises au cœur des débats !

Publié: 18 mars 2015 dans Business club Centre Capital
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Thierry NOLLET est directeur général du Group S. Sabine de COCK est directrice-adjointe du département socio-juridique de ce même organisme multiservices qui est un soutien précieux dans la gestion humaine et sociale de bon nombre d’entreprises et d’indépendants. Ils nous livrent une vision sans langue de bois sur les décisions ou orientations du gouvernement fédéral, en lien avec la compétitivité des entreprises. Le thème est plus que jamais d’actualité puisque le gouvernement Michel a approuvé, le matin même de notre rencontre, le saut d’index, tant décrié du côté syndical.

Thierry NOLLET ouvre la discussion en resituant largement le contexte de la concertation à la Belge. « Il est clair que le pitch de notre intervention est un peu fou puisque, si on le résume, il s’agit de voir si le trop plein de chantiers ouverts, de plans de réforme, va réellement contribuer à atteindre l’objectif d’assurer la compétitivité de nos entreprises. On vit une période tumultueuse et un peu Ubuesque. Il faut parfois se replonger dans notre histoire récente pour comprendre le présent. Fin de l’année dernière, nous avons été confrontés à un plan d’actions syndicales qui ressemblait, à quelques détails près, au plan déclenché lors du fameux plan global de 1993. Est-ce qu’on en a terminé avec tout ceci, dès l’instant où la confirmation du saut d’index est de mise ? On risque encore de vivre des heures particulièrement tumultueuses, et même noires, sur le plan social. »

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De nombreux chantiers ouverts

« En tant que membre d’une direction générale d’un groupe tout à fait pluraliste, je ne suis pas habilité à participer à un débat politique, mais je souhaite néanmoins épingler un paradoxe. C’est un gouvernement Di Rupo, gouvernement de Centre gauche, qui a contribué à nous faire avaliser une modération salariale à zéro et, aujourd’hui, un gouvernement Michel qui, au niveau de ses intentions, a quelque peu bafouillé la gestion de la chronologie. Pourquoi ce gouvernement n’a-t-il pas attendu, notamment, la divulgation du rapport du Conseil Central de l’Economie, qui ouvre, tous les 2 ans, le cadre des discussions sur la norme salariale ? La loi de 1996 sur la compétitivité, notamment, impose aux parties d’en discuter, pendant 2 mois au maximum, délai au terme duquel, en absence d’accord, le gouvernement peut statuer avec un fond de légitimité incontestable. Ici, en l’occurrence, nous avons vécu des actions dommageables sur le plan économique et on se retrouve 2 mois plus tard devant les mêmes perspectives ! Aujourd’hui même, le saut d’index a été confirmé par le gouvernement et il y a aussi d’autres chantiers ouverts, et non des moindres. Il y a 1 an, on était dans la discussion sur le rapprochement des statuts ouvriers-employés. Là aussi, de grands juristes, membres de la Cour constitutionnelle qui n’ont sans doute jamais mis un orteil dans une entreprise, ont décidé que ce plan d’uniformisation devait aller jusqu’à son terme, et dans le détail. Quand on voit ce qui va s’ouvrir comme chantiers, on se dit qu’on n’est pas encore sorti de l’auberge ! Réforme des vacances annuelles, adaptation de la loi de 1968 sur l’organisation des Commissions paritaires, …. »

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Réforme des pensions

« Je n’oublie pas, évidemment, la nécessaire réforme des pensions. J’en ai débattu au Cercle de Wallonie avec le ministre BACQUELAINE. J’ai une formation d’assureur et cette question m’a toujours interpellé. Aujourd’hui, il me semble que le débat sur la question de fond est totalement éclipsé par la question de départ à la retraite à 67 ans. En réalité, il faut pérenniser le système et, très sincèrement, cette seule mesure ne suffira pas. Le gouvernement va devoir œuvrer dans un contexte qui est plombé puisque les taux d’intérêt étant à ce point bas, aujourd’hui c’est le 2ème pilier de financement des pensions que l’on est en train de mettre en l’air. Je crois d’ailleurs que l’Union professionnelle des Assurances, avec son fort lobby, a quand même imposé à terme un débat de fond avec le gouvernement sur cette question. Des mesures fortes devraient être prises d’ici la fin mai, mesures qui vont devoir probablement, en fonction de leurs conséquences, être assumées en partie par les entreprises. »

Les réformes et quelques questions

En quelques slides et discours très clair, Sabine de COCK évoque les réformes engagées par le gouvernement Michel et impactant les entreprises. Coût salarial, mesures fiscales, crédit-temps, pensions, pensions complémentaires, prépension (RCC), modernisation du marché du travail, incapacité au travail, autant de points qui se trouvent sur les bureaux ministériels et dont l’évolution est précisée.

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Question de Jacques GRAUX. « J’ai lu et entendu dans votre présentation que pour pouvoir travailler à temps plein, une fois retraité, il fallait justifier de 65 ans d’âge ou de 45 ans de carrière. Dans mon esprit, c’était 42 ans de carrière. Qu’en est-il ? »

Sabine de COCK. « Effectivement, c’était le cas mais ça a été modifié. C’était bien 65 ans ET 42 ans de carrière. Ce qui est nouveau, c’est que désormais, c’est l’un ou l’autre. Donc, soit 65 ans d’âge, soit 45 ans de carrière. Il faut 1 des 2 critères. »

Alain DEMEESTER. « Si à la suite d’une négociation en entreprise, un complément est octroyé à un travailleur en cas de crédit temps, sans motif, comment ce complément va-t-il être considéré au niveau fiscal et social ? »

Sabine de COCK. « Dans ce cas précis, ce n’est pas un complément à l’allocation de chômage, c’est de la rémunération. Ce sera considéré comme tel et donc soumis totalement aux règles sociales et fiscales. »

MBe. Vous avez parlé du modèle social à la belge avec, en autres, la concertation patrons-syndicats du groupe des 10. Ce modèle a-t-il marqué ses limites et est-il remis en cause ?

Thierry NOLLET. « De toute manière, ce modèle va être remis en cause si on va jusqu’au bout de la logique de la Cour constitutionnelle, dans le cadre du rapprochement des statuts ouvriers-employés. Je suis personnellement un inconditionnel du modèle social belge qui a pérennisé les relations dans les entreprises depuis des années. Mais je dois constater que ce modèle a été amené à dysfonctionner depuis maintenant plus de 20 ans. Et précisément lors de la promulgation de la loi sur la compétitivité des entreprises, en 1996. Cette loi, pourtant bien inspirée, a été mal libellée, en tous cas dans la définition de ce que l’on peut qualifier de normes. Les uns considéraient que la norme était indicative. Les autres qu’elle était impérative ! En me référant au rôle joué par le Group S ces dernières années au niveau de la concertation, je constate que l’on peut redémarrer une discussion sur des principes historiques, dès lors que les droits et obligations des parties sont bien reprécisées. Il est encore possible d’aller chercher des accords équilibrés.

En Belgique, l’ancrage syndical est très fort. C’est un préalable clair qui doit être intégré par tous dès lors où l’objectif avoué doit être la conclusion d’une convention collective de travail, par exemple. Il faut pouvoir faire preuve d’empathie, connaître les rouages syndicaux et les techniques d’occupation de terrain. A cet égard, le Group S contribue fortement à la concertation depuis environ 10 ans. Nous avons délivré dans ce cadre, plus de 700 missions de base qui vont de la négociation d’un simple règlement de travail jusqu’au pilotage, dans tous ses aspects, d’une restructuration comme l’a connue notre plus grand client, Carrefour, il y a 4 ans. Donc, moi, je crois encore au modèle. Cela dit, au niveau interprofessionnel, je crois qu’il est grandement temps de changer de cap. Si on fait bien les comptes, cela fait la 3ème législature où l’on n’arrive pas à entériner un accord interprofessionnel que toutes les parties s’engagent à respecter. Ce que l’on vit actuellement est Ubuesque. La CSC et le syndicat libéral ont entériné l’AIP mais on sait aussi que, d’un autre côté, ils sont en train de concevoir ensemble un plan de bataille sur la critique de quelques mesures gouvernementales pas encore appliquées. »

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MBe. Après un automne social chaud, qu’en est-il du printemps qui s’annonce ?

Thierry NOLLET. « Dans une autre vie, j’ai été moi-même leader syndical. J’en conserve des contacts et nous avons bien sûr des infos de premier ordre. Je peux déjà vous dire que la FGTB va jouer le rapport de force, dans les 2 ou 3 prochains mois. Toutes couleurs confondues, le monde syndical va se mobiliser pour déposer un cahier de revendications et tenter de négocier ce qui peut encore l’être. Il y a toujours des enjeux et chaque partie va devoir entamer ou poursuivre des discussions. »

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MBe. L’actualité économique de la région du Centre et de Charleroi remet la problématique des délocalisations à l’ordre du jour. ACV, fabricant de boilers et chaudières, restructure à Seneffe et fabriquera prochainement dans une usine très automatisée en Slovaquie. La SONACA, à Gosselies, vient d’annoncer la construction d’une usine en Roumanie, où elle produira une partie de ses commandes. Ces délocalisations sont justifiées, en patrie, par les coûts de main-d’œuvre. Est-ce une tendance lourde ?

Thierry NOLLET. « Elle est lourde car, derrière, il y a de l’humain. Je crois que c’est une tendance, sans être irréversible, qui va continuer à s’accentuer. Il y a dans notre économie, toute une série de secteurs porteurs qui n’ont pas encore rationalisé et qui vont devoir le faire. On peut donc avoir des craintes sur le maintien de l’emploi. C’est criant dans le secteur de la construction où le dumping social est ancré et fait très mal aux employeurs. Je suis père de 3 enfants et je vois, hélas, l’avenir très assombri. Concernant la région du Centre, mais pas uniquement, je crois que le monde syndical doit absolument se réformer. Certaines organisations syndicales ne sont plus organisées, ni adaptées, pour soutenir les évolutions socio-économiques. Je peux parler de la FGTB que je connais bien puisque j’étais l’un des patrons du SETCA. C’est un organisme qui fonctionne toujours sur des principes centenaires, remontant à la fameuse Charte de Quaregnon, de 1896 ! Depuis, le monde a changé. Les mentalités doivent évoluer, surtout dans cette région du Centre qui a beaucoup de potentiel. »

                                      Michel BELLEFONTAINE (Photos : Michel AVAERT)

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