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Il est hors de question de concurrence exacerbée entre le président actuel de Centre Capital, Damien de Dorlodot, et l’ancien, Olivier Destrebecq. Cela étant dit, ils aiment bien quand même se chatouiller les égos, lorsqu’il s’agit – par exemple – d’établir le record d’audience d’une réunion mensuelle. Celle de ce mois de mars 2017, au Musée International du Carnaval et du Masque, à Binche, fixe désormais ce record à quelque 170 participants, juste devant l’accueil du ministre Borsus, chez Lietar, en février 2016. L’effet binchois, sans doute, mais aussi celui d’un projet emblématique porteur de travail pour nos entreprises actives, de près ou de loin, dans le domaine de la construction.

Plusieurs projets ambitieux

En préambule aux explications relatives au dossier des Pastures, le Député-Bourgmestre, Laurent Devin, remercie le Musée pour son accueil et informe de quelques changements au sein de l’équipe ; nouvelle directrice, nouvelle responsable communication et événements et nouvelle secrétaire. Il signale aussi que, dès après Pâques, un Centre d’interprétation historique du Carnaval sera ouvert au sein de l’institution afin d’inciter le public à découvrir ou à redécouvrir le carnaval tout au long de l’année. Laurent Devin égrène ensuite les gros projets de sa majorité PS-MR pour les mois et années qui viennent. «  Nous allons construire une nouvelle maison de repos qui prendra le relais de notre actuelle Home Jeanne Mertens, de 220 lits et de 222 emplois. Notre infrastructure ne correspond plus aux normes modernes et nous devons donc nous adapter. Le coût de la nouvelle construction est estimé à 25 millions d’€ et nous espérons aboutir en 2020. »

« Autre dossier, et non des moindres, le développement d’un centre sportif, en face de la piscine, comportant salle omnisports et terrains synthétiques. »

« Enfin, et c’est le motif de votre présence ce midi ; notre projet de redynamisation du centre-ville, celui qui doit redonner un essor commercial à Binche. Notre dossier du quartier de la Samme n’est pas simple à mettre en œuvre mais il évolue, en collaboration avec l’IDEA, notre partenaire de développement économique. La première phase est en bonne voie et elle consiste à créer un mix de logements et de surfaces commerciales. Je laisse le soin à notre Echevin du Commerce et de Développement économique, Jérôme Urbain, de vous le présenter plus en détail. »

 

 

 

 

 

 

Une longue gestation

Jérôme Urbain confirme que le développement du projet de la Samme est en réflexion depuis les années 2006-2007, soit au début de l’actuelle mandature communale. Contacté à l’époque par divers promoteurs souhaitant investir dans la cité du gille, les autorités ont pris le temps pour structurer les choses, au lieu de répondre dans la précipitation et sans cohésion. Leur idée ; le pouvoir politique est là pour créer le cadre et transmettre ensuite le relais aux investisseurs privés. Jérôme Urbain précise encore qu’un problème d’inondation est également à régler sur les terrains de ce futur nouveau quartier. Un projet de quartier qui a obtenu le label « quartier wallon » par la Région wallonne, ce qui lui octroiera un accompagnement administratif et technique.

« Le développement du quartier de la Samme est prévu en plusieurs phases qui sont graduelles et structurées en pôles. On aura le pôle commercial et logement qui est le plus proche du centre-ville. Ensuite un quartier spécifiquement d’habitat, puis un pôle sportif et tertiaire. On a de la sorte une gradation dans cette partie de Binche que l’on appelle « la dent creuse ». La gradation se traduit notamment par la densité de logements qui ira de 60 à 30 unités par hectare. »

Un projet en fonction des besoins

« Nous avons fait appel, nous dit encore Jérôme Urbain, à un bureau d’étude spécialisé en géomarketing avant de concevoir notre projet de l’Îlot des Pastures dont l’objectif est principalement de redynamiser le commerce dans Binche. De cette étude, nous avons retenu, de manière schématique, que notre problème n°1 est un souci de densité de commerces. Nous avons trop peu de magasins en centre-ville pour être suffisamment attractif pour le chaland. Nous n’avons quasiment que du commerce de proximité, de qualité et de niche. Certes, c’est une richesse mais qui ne suffit pas. Nous avons besoin, en plus, de mass markets qui peuvent plaire à tout un chacun. »

Dans une ville à caractère moyenâgeux, un autre problème de Binche est la taille de ses cellules commerciales. Elles sont souvent trop petites (100 à 150 m² max) et ne correspondent pas aux desiderata des grandes marques et des grandes chaînes. Par conséquent, les autorités communales ont pris la décision de compléter l’offre commerciale du centre-ville et un chancre industriel leur en a donné la possibilité. Jérôme Urbain.

« On disposait effectivement d’une friche industrielle de près de 2 ha, en plein centre et contigüe à l’avenue Vanderpepen. C’étaient les anciens Ets de confection Marvan qui ont employé à l’époque de leur splendeur plusieurs milliers de personnes. Nous sommes allés chercher des subsides auprès de la Région wallonne pour abattre les bâtiments et assainir le site. Cette phase explique la lenteur relative du projet  qui est à ce jour mené à bien. »

Promoteur désigné

Après avoir établi un périmètre de rénovation urbaine, en 2014, puis adopté un schéma de structure conçu par un cabinet d’architectes, en 2016, une autre avancée dans le dossier est survenue au conseil communal de fin février 2017. Jérôme Urbain confirme.

« Le conseil communal a validé notre choix de promoteur pour ce projet. Il s’agit de DCB, Development Coordination Belgium, une société spécialisée en logements et bien connue sur le marché belge. Elle s’adjoindra un spécialiste pour la partie développement commercial. Les premiers travaux concerneront des implantations commerciales (entre 8.000 et 12.000 m² de surface), un parking en sous-sol (300 – 400 places) et environ 150 logements. Le tout sera architecturalement intégré au type de bâti et de ruelles existant à Binche. Aujourd’hui, le travail commence avec DCB et à terme c’est-à-dire lorsque les permis seront octroyés il y aura concrètement des opportunités de travail à saisir pour les nombreuses entreprises de la région qui gravitent autour du secteur de la construction. »

DCB met sur la table de la ville 1,5 million d’€ pour acheter les terrains et développer le projet. Jérôme Urbain confirme le chiffre et précise que le critère du mieux-disant n’a pas été le seul pour effectuer la sélection.

« Nous avons reçu 3 offres valables et qualitatives ; Intermarché, Equilis et DCB. Nous avons procédé par appel d’offres et le cahier des charges prévoyait toute une série de critères et de paramètres. DCB répond le mieux à nos attentes et nous allons donc lui transmettre le témoin. Mais la ville va encore accompagner le promoteur quelques mois puisque celui-ci devra obtenir un permis d’urbanisme et un permis d’exploitation commerciale. Nous espérons aboutir dans ces démarches au cours de second semestre 2018. »

Réponses aux critiques

DCB a annoncé qu’il sous-traitera la partie commerces du projet. D’où l’inévitable question du contrôle que la ville pourrait avoir sur l’entreprise tierce, de manière à éviter tout désagrément incluant les risques de dumping social. L’Echevin se veut confiant à cet égard. «  J’ai peine à croire que l’un des 10 meilleurs groupes belges ne s’entourera pas des meilleurs spécialistes de l’immobilier commercial pour concrétiser le projet. Je n’ai aucune crainte par rapport à cela. La réputation de la société est un gage de sérieux et de qualité du projet final. »

Jérôme Urbain termine en répondant à la critique disant que le nouveau quartier sera un peu excentré et qu’il risque de vivre en autarcie, sans pouvoir drainer les badauds vers les rues commerçantes menant à la Grand Place. « Je réponds à cela que l’avenue Vanderpepen est en centre-ville et que cet axe important fera l’objet de la meilleure attention. Nous voulons en faire une vraie liaison entre le centre historique de Binche et le futur nouveau quartier. Cette avenue sera le point de jonction principal, d’autant plus quelle possède des capacités de parking dont il faut tenir compte. »

Enfin, la ville de Binche profitera du nouveau quartier et de ses nouveaux habitants pour mettre en place un plan de mobilité revu et adapté.

                                                      Michel Bellefontaine (photos : Michel Avaert)

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Alors que l’incroyable saga politico-financière de sa réhabilitation se poursuit  – avec une reprise des travaux prévue au printemps –  il est intéressant de rappeler l’histoire de ce bâtiment pas comme les autres.   

C’est la société anonyme des charbonnages de Ressaix, fondée en 1886 et dirigée par le Baron Evence Copée, qui est à l’origine de l’édifice marquant l’entrée de Binche. La cathédrale de béton et de verre, comme certains la surnomment en raison de son caractère majestueux, est un triage-lavoir à charbon élaboré pour améliorer rendement et rentabilité de 3 sièges d’extraction. Financé en grande partie par les fonds du plan Marshall de reconstruction d’après-guerre et par la société nationale de crédit à l’industrie, il est construit en un temps record pour l’époque, une vingtaine de mois à peine.

Photo: IPW

Photo: IPW

Une construction solide mais peu orthodoxe !

Tout juste sorti de l’université, le jeune ingénieur brugeois Karel Broes, est chargé du suivi de cet important chantier, pour le compte du bureau SECO. « De 1952 à 1954, j’étais chargé de la supervision de la construction. Je devais vérifier d’abord la concordance entre les plans techniques d’Evence Copée et les plans des bureaux d’études et puis contrôler l’exécution de ces plans sur le chantier. Les travaux devaient aller très, très vite. Le béton n’était pas toujours exécuté avec les soins voulus. D’autant plus qu’à cette époque, les bétons étaient encore faits sur place. Ils n’étaient pas amenés par des camions à bennes tournantes, sortants d’usines où la fabrication était contrôlée en permanence. Sur le chantier du lavoir, les bétonneuses étaient remplies à la brouette et l’eau était ajoutée, … au pif ! Cela explique pourquoi le bâtiment comporte des qualités de bétons différentes ».      

Doc: SA Triage-Lavoir du Centre

Doc: SA Triage-Lavoir du Centre

Malgré donc une construction peu orthodoxe, le lavoir labyrinthique est incontestablement une réussite tant architecturale qu’industrielle. De forme rectangulaire et d’une hauteur d’environ 30 mètres, il est composé de divers bâtiments juxtaposés, organisés en travées par les nombreux piliers. L’édifice colossal repose sur une importante fondation composée de 450 pieux enfoncés jusqu’à 8 mètres dans le sol argileux. Relié au chemin de fer via la gare de Leval, il est agrémenté d’un réseau couvert de bandes transporteuses garantissant l’acheminement et le traitement rapide de la production. Un travail confié à des mineurs aguerris et efficaces, comme nous l’a confirmé Léopold de Dorlodot, ancien et dernier directeur du lavoir, aujourd’hui décédé. « C’étaient des gens de qualité qui faisaient leur travail très consciencieusement. Le lavoir était très automatisé. C’était un outil performant pour l’époque et je n’y ai jamais connu de problèmes de fabrication ». Au niveau technique, le bâtiment est conçu pour offrir une fonctionnalité optimale. Sur les 25 niveaux, l’organisation spatiale y est totalement tributaire des contraintes imposées par la machinerie.

Les données et les souvenirs des protagonistes ne sont pas très précis en ce qui concerne le nombre de personnes réellement actives au sein du lavoir. En raison d’une automatisation très poussée, nos interlocuteurs s’accordent à dire qu’une cinquantaine d’ouvriers suffisent à faire tourner l’outil. Une infrastructure moderne qui requiert toutefois une attention soutenue.

Léopold de Dorlodot . « Comme ingénieur civil, c’est toujours la même chose, nous sommes responsables des accidents, de tout ce qui pourrait arriver. Donc, chaque jour, il fallait que j’aille tout vérifier, que je fasse le tour de l’ensemble pour examiner tout. Il fallait éviter les accidents comme celui qui m’a fait perdre un morceau de mon index droit (rires) ».   

Doc: SA Triage-Lavoir du Centre

Doc: SA Triage-Lavoir du Centre

 15 ans de fonctionnement seulement

Inauguré en 1954, le lavoir de Péronnes subit assez rapidement la crise du charbon. Malgré de nombreux efforts, des fusions de sociétés et la fermeture de certains sièges, la situation devient critique. La société des charbonnages du Centre ferme le lavoir en 1969, après seulement quinze années de fonctionnement. Le climat est alors à la morosité même si l’effet de surprise ne joue pas vraiment.

Jean-Claude Bougard, Président NATECOM asbl . « Oui, c’était programmé depuis déjà 10 ans à ce moment-là. Ces fermetures étaient prévues. Elles étaient dommageables bien sûr pour les habitants et les ouvriers qui travaillaient  dans les mines. En ce qui concerne le lavoir, on ne connaît pas exactement le nombre de personnes qui y travaillaient. La fermeture n’a pas eu tellement d’impact au niveau social ».

L’impact de la fermeture n’est en effet pas numériquement catastrophique si l’on tient compte uniquement des travailleurs du lavoir. Cela dit ouvriers, cadres ou directeurs, tous sont alors logés à la même enseigne, celle du licenciement. Léopold de Dorlodot . « On nous a flanqués dehors. Je ne suis plus retourné au lavoir. J’ai cherché autre chose ».  

Doc: SA Triage-Lavoir du Centre

Doc: SA Triage-Lavoir du Centre

En pleine force de l’âge en 1969, Léopold change complètement d’orientation professionnelle, d’abord comme contrôleur d’entreprises chez AIB à Bruxelles, puis comme patron à Anderlues après le rachat d’une société de pose de câbles et de canalisations. Le lavoir sort complètement de son esprit, avant d’y revenir bien des années plus tard, à l’occasion des travaux de réhabilitation effectués, pour les peintures extérieures, par la société Monnaie-Bays, dirigée par son fils, Damien de Dorlodot. La belle histoire familiale, hélas, ne va pas plus loin. Léopold de Dorlodot  décède le 5 février 2009, à l’âge de 87 ans. Plus jamais, il ne verra « son » lavoir trôner à nouveau fièrement à l’entrée de Binche.    

                                                                                                            Michel Bellefontaine