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La rentrée académique 2016 est à marquer d’une pierre bleue à Soignies ! Les acteurs des formations liées aux métiers de la pierre sont désormais concentrés en seul lieu. Un endroit emblématique et restauré; le site classé de l’ancienne grande carrière Wincqz.

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Les premiers cours de ce Centre de référence ont débuté en octobre 2016. Ils s’adressent à un large public, comme nous l’explique Sébastien MAINIL, responsable du Pôle de la Pierre pour l’Institut du Patrimoine Wallon. « Que ce soient des jeunes en apprentissage, des demandeurs d’emplois, des personnes qui veulent se perfectionner dans les métiers du patrimoine, celles qui souhaitent des formations continues, … les formations proposées ciblent différents publics dont les âges, les situations professionnelles et les objectifs varient. Toutes les formations au sein du Pôle durent de 6 mois à 3 ans.»

dsc_0147Patrimoine et emploi

Le Pôle de la Pierre est géré par l’Institut du Patrimoine Wallon qui a supervisé les travaux de la première phase du projet ayant porté sur la restauration et la réaffectation d’une partie des bâtiments. La grande scierie est désormais un atelier équipé pour la taille de pierre et les anciens bureaux accueillent une classe, une cafétéria, un espace de documentation, un bureau administratif et une conciergerie. Une seconde phase, qui débutera à l’automne 2017, concernera la restauration des autres bâtiments du site et la construction d’un nouveau. L’équipement du Pôle en matériel de pointe pour les formations est prévu, avec un cofinancement européen. Pour l’ensemble du projet, la Région wallonne et l’Europe auront injecté, à la fin de la phase 2, près de 6 millions d’euros. Ce Pôle de la pierre, important en termes de transmission d’un savoir-faire reconnu à travers le monde, s’inscrit parfaitement dans le cadre de l’Alliance patrimoine-emploi du gouvernement wallon. De l’extraction à la commercialisation en passant par la transformation des pierres d’ornement, non moins de 40 métiers sont concernés !

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Quatre partenaires

Quatre partenaires sont directement impliqués dans le Pôle. Outre l’IPW déjà cité, il y a également le FOREM, l’IFAPME (Institut de Formation en Alternance) et le CEFOMEPI (Centre de Formation au Métiers de la Pierre, initié par le secteur).

L’IPW gère toute une série de formations de perfectionnement aux métiers de la pierre (taille, finitions, pavage, …). Ses formations annuelles rassemblent un minimum de 5 stagiaires et un maximum de 12.  Christophe MAHY, l’un des formateurs nous précise leurs profils. « On peut avoir des architectes, des archéologues du bâtiment, des conducteurs de chantiers qui s’occupent de restauration et, bien sûr, des tailleurs de pierre mais pas forcément des praticiens purs.»

Tant au FOREM qu’à l’IPW, à l’IFAPME ou au CEFOMEPI, les stagiaires ne sont jamais très nombreux mais il y en a toujours assez pour assurer les sessions. Didier GUIOT, formateur au FOREM, met en avant les débouchés intéressants. « On a toujours eu le nombre de stagiaires requis mais c’est vrai que ce n’est pas la section où les gens se bousculent. Elle a une connotation artistique mais ce sont aussi des métiers exigeants. Le fait qu’il y ait peu de candidats signifient que le stagiaire volontaire et courageux peut trouver de l’emploi au terme de sa formation. C’est motivant.»

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« A l’IFAPME, nous dit le formateur principal Fabien DEGHORAIN, nous mettons sur pied des formations d’apprentissage que des jeunes de 15-16 ans peuvent intégrer. Nous avons aussi des formations destinées à des personnes de plus de 18 ans désireuses de se lancer dans le métier. Elles suivent alors une formation de chef d’entreprise.»

Le CEFOMEPI, quant à lui, destine ses formations aux entreprises du secteur, avec possibilité d’embauche, pour les jeunes de 18 à 25 ans. Béatrix LIENARD, coordinatrice du CEFOMEPI. « On fait à peu près une session par an de formation d’une durée de 6 mois. A la fin de celle-ci, nos stagiaires obtiennent un contrat à durée déterminée qui peut être renouvelé. Le but principal, c’est bien entendu l’engagement à long terme auprès d’une carrière ou d’une entreprise de notre secteur. Le CEFOMEPI propose aussi une formation continue aux employés et ouvriers des carrières wallonnes.»

                                                                                     Michel BELLEFONTAINE

Cet article a été publié dans la revue économique de la Province de Hainaut, le « B 2 Hainaut », de janvier 2017.

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A Soignies, la pierre bleue est une fierté locale mais c’est aussi un vecteur économique qui fait vivre plusieurs familles. Il y a bien sûr les employés et ouvriers carriers mais également ceux qui travaillent en aval de l’extraction. Quelques sociétés de découpes et de finitions se trouvent à l’entrée de la ville, en venant du Roeulx. Parmi elles, les établissements ROGA. Trois personnes d’une même famille s’y partagent le boulot et perpétuent l’entreprise fondée par le grand-père de notre interlocuteur, David DELHALLE.

« ROGA, nous dit-il, c’est la contraction des prénoms Roger et Gabrielle. Mon grand-père a fondé la société à Gembloux puis est venu l’installer ici pour être plus proche des carrières de pierres bleues. Mon père, André, et son frère, Michel, l’ont rejoint ensuite et ils travaillent toujours à mes côtés. Nous assumons tout le travail à trois, avec des statuts d’indépendants. Mon papa – qui travaille à mi-temps – va avoir 68 ans, mon oncle en a 63 et moi bientôt 44. Au sein de la TPE, nous sommes bien sûr polyvalents. Nous passons de la débiteuse au polissage et de la taille à la finition. »

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Matériau multi-usages

Les Ets ROGA traitent principalement la pierre bleue qu’ils achètent aux carrières de « La Pierre Bleue Belge ». L’un des sites d’exploitation est à quelques centaines de mètres de leur atelier. De temps à autres, pour des produits spécifiques, ils se fournissent aussi aux Carrières du Hainaut, l’autre grosse société d’extraction sonégienne. La pierre est surtout utilisée dans le domaine de la construction.

« Nos clients sont essentiellement des entrepreneurs qui emploient nos pierres dans le bâtiment. Du seuil de fenêtre au couvre-mur, de la cheminée décorative au bac de douche ou à l’évier de cuisine, les applications sont nombreuses, tant en décoration ou revêtements intérieurs qu’en dalles pour l’extérieur, dans les jardins. Cette évolution vers une utilisation accrue de la pierre bleue est relativement récente et on la doit aux machines numériques qui permettent, par exemple, de creuser dans la masse plus facilement. On savait déjà le faire auparavant mais ça prenait plus de temps et c’était donc plus coûteux. »

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Le talent des tailleurs n’est pas ailleurs !  

David s’est formé au métier, comme apprenti durant 3 ans puis comme stagiaire, à Namur et Wavre, pendant 2 autres années. Amoureux de la matière, il a ensuite fréquenté l’Académie d’Anderlecht, dans la section sculpture. Le métier de tailleur de pierre a, pour beaucoup, une connotation artistique et, tous les 2 ans, des œuvres remarquables sont sculptées, devant le public, lors du symposium de la pierre bleue, organisé à Soignies au moment du festival « Août en éclats ».

Cela étant dit, le travail des tailleurs au quotidien, en dehors du domaine artistique, n’est pas de tout repos, comme nous le confirme David. « C’est vrai que c’est un métier qui nécessite une bonne santé. Outre le poids de la pierre, nous sommes soumis aux conditions météo, que ce soit à l’extérieur ou dans l’atelier. Et puis, il y a la poussière, même si bien entendu nous disposons d’aspirateurs spéciaux, de masques, de gants et de casques. »

David aime son métier et il encourage des jeunes à se lancer car il y a du travail dans le secteur. « C’est un boulot qui est créatif et varié, tous les jours. On fait quelque chose de nos mains, avec un matériau qui est toujours différent. De plus, et c’est important, on gère une matière de chez nous, qui vient de notre sol et qui est mondialement reconnue. On fait un travail utile et valorisant. »

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Pierre à défendre

David DELHALLE est un « ambassadeur de la pierre naturelle » et il est fier de ce label qu’il promeut auprès de ses clients. « Notre pierre doit être défendue face aux pierres chinoises ou autres qui sont 2 fois moins chères. C’est un problème, mais nous insistons toujours sur le fait que ce ne sont pas des matériaux de même qualité. Les pierres importées se détériorent plus vite et, chez nous, de nombreux chantiers ont dû être refaits. »

A part cette concurrence étrangère, David ne se plaint pas trop de la conjoncture. « A notre niveau, nous restons très artisanal. Nous faisons beaucoup de travaux à la main ou avec de petites machines. Nous n’avons pas encore fait le pas vers une machine numérique car cela représente un coût trop important par rapport à notre marché. Pour l’instant, on s’en sort et notre chiffre d’affaires est globalement assez stable d’une année à l’autre. Notre souci pour le moment, ce sont les marges bénéficiaires car le prix de la pierre augmente chaque année et c’est très difficile pour nous, voire impossible, de répercuter cette hausse sur nos clients qui sont surtout des entrepreneurs. Nous en sortons car nous n’avons pas trop de charges mais je vais devoir envisager de prendre un ouvrier et là ce ne sera pas simple ! »

Faire carrière dans la pierre !

Entreprise de … taille modeste, ROGA devra donc prochainement embaucher pour assurer sa pérennité. David a déjà testé l’un ou l’autre apprenti mais sans réel succès jusqu’à présent. Il place désormais ses espoirs, pour lui comme pour l’ensemble du secteur, dans le Pôle de la Pierre qui vient d’ouvrir à quelques encablures de son atelier. « Ce centre qui regroupe les diverses formations aux métiers de la pierre est une bonne chose pour nous. Les stagiaires y seront très bien formés et, comme il n’y a pas énormément de candidats, les chances d’embauche à la sortie sont grandes. Les entreprises comme la nôtre ont besoin de main-d’œuvre qualifiée, les carrières aussi. »

En résumé, les professions liées à la pierre sont des beaux métiers dans lesquels il est toujours possible … de faire carrière !

                                                                                                Michel BELLEFONTAINE

Cet article a été publié dans le magazine économique de la Province de Hainaut, le « B 2 Hainaut », de janvier 2017.